On connaît tous le cliché du border collie complètement accro aux jeux de balles, ou du malinois qui ne vit que pour tuger… Mais tous les chiens peuvent être toqués ! Alors, comment jouer intelligemment avec son chien ? Au travers de l’exemple de 3 chiens, je vous explique comment j’ai réussi a encadrer et canaliser la passion dévorante de ces toutous.
Penny, la toqué des jeux de lancer

Et oui, les cordonniers sont parfois mal chaussés et même la chienne d’une éducatrice canine peut être toquée ! En effet, ma Penny voue une passion dévorante pour les jeux de lancer. Nous l’avons beaucoup renforcée alors qu’elle était plus jeune, ignorants que cela pouvait être mauvais, et elle était devenue inarrêtable. A tel point que même en présence de congénères, elle n’était obsédée que par une chose : LA BALLE.
Pourquoi c’est mauvais ? Les jeux de lancer ne présentent aucun intérêt éducatif : ils sont « abrutissants » et ne vont au mieux que dépenser physiquement votre chien. Dépenser oui, mais de manière dangereuse pour les muscles et articulations car ce type de jeu demande beaucoup d’explosivité. De plus, ils ont tendance à favoriser les montées en excitation du chien qui deviennent « incontrôlables ». Il y a entre autres des risques de claquages, d’étouffement, de chute, d’entorse, de collision, etc…
Alors comment on fait ?
Pas de surprise, on commence par proscrire totalement les séances de jeux de lancer à répétition. Voir même, pendant plusieurs semaines, on ne lance plus du tout de jouet. Si le chien nous amène sans cesse des bâtons/jouets en balade, on l’ignore simplement. Si quelqu’un d’autre sort une balle au parc à chien, on s’en va.
Ensuite, on recommence à sortir la balle pour travailler les auto-contrôles. Deux exercices simples :
- Regarde-moi : on montre la balle au chien dans notre main, hors d’atteinte, et on attend un regard de sa part (sans rien lui demander). Dès qu’il quitte la balle des yeux pour nous regarder, on valide d’un « oui » et on lui lance la balle une fois. On augmente ensuite peu à peu la difficulté, par exemple en attendant un assis ou couché, ainsi qu’un regard de 3 secondes avant de lancer.
- Renonce et tu gagnes : on tient le chien en laisse (au harnais), on lui montre la balle et on la lance hors de sa portée. On ne dit rien et on tient fermement la laisse (il ne faut surtout pas que le chien atteigne la balle). On attend et dès que le chien décroche de lui-même pour se retourner vers nous on le valide d’un « oui » et on le laisse aller chercher la balle.
Petit à petit, la balle va être ressortie avec parcimonie pour faire plaisir au chien et pour s’en servir en tant que super-renforçateur dans le cadre d’exercices d’auto-contrôles ; ou pour récompenser son chien après un super comportement. Vous pouvez aussi l’utiliser en rappel d’urgence.
Baïka, la toquée des trous

Les gardien.ne.s de Baïka, dobermann de 2 ans, m’ont appelé car le rappel devenait aléatoire face à la passion dévorante de la chienne pour… les trous. En effet, une fois qu’elle était en train de creuser, plus rien ne semblait exister autour de Baïka. Et ils étaient sans cesse obligés d’aller la chercher.
Pourquoi c’est mauvais ? Car face à une activité tellement plaisante pour la chienne, le rappel perdait beaucoup de valeur et les acquis disparaissaient. Ses humain.e.s perdaient patience, et il arrivait que Baïka se mette en danger pour aller creuser (traversée de route). Pourtant, le fait de creuser est une activité intéressante pour les chiens, autant d’un point de vue dépense physique que d’un point de vue dépense mentale (recherche par l’olfaction).
Alors, comment fait-on ?
On a commencé par remettre la longe à Baïka pour éviter qu’elle ne s’auto-renforce dans la fugue pour aller creuser. On a fait quelques exercices d’auto-contrôle avec des friandises ou des jouets pour lui apprendre le renoncement et le retour au calme. Nous avons également retravaillé et revalorisé le rappel ainsi que le focus maître.
Ensuite, et surtout, nous avons encadré son envie de creuser. Via l’association d’un code vocal (« creuse ! »), nous lui avons défini des temps pour qu’elle puisse assouvir cette envie. Ainsi, moins de frustration pour Baïka, et plus de contrôle pour ses gardien.ne.s : Il y a un temps pour faire ses trous, et il y a un temps pour se balader.
En résumé, nous faisions des séances sur ou à proximité de sa zone de « creusage » préférée. On renforçait à fond la concentration sur l’humain via du jeux ou des exercices de focus/auto-contrôles. Et une ou deux fois dans la séance, on lui accordait sa pause, on lâchait la longe et on l’encourageait à creuser via l’indication vocale.
Oscar, le toqué du tire-tire

Dernier exemple avec Oscar, bulldog de 2 ans qui passait son temps à tuger sa laisse. Ses gardien.ne.s ont fait appel à moi pour un problème de réactivité congénères, et nous avons entre autre dû changer son matériel pour les balades afin de passer sur une longe. Par frustration et excitation, Oscar c’est mis à mordre sans arrêt sa laisse de manière compulsive.
Pourquoi c’est mauvais ? Car sur un chien réactif et sans rappel, une longe qui casse pourrait avoir des conséquences dramatiques. De plus, Oscar avait énormément de mal à se poser et avait tendance à utiliser ce « jeu » comme un moyen de décharger son excitation plutôt qu’apprendre le calme.
Comment on fait ?
D’abord on le redirige sur des jouets ou bâtons à proximité pour éviter l’accident de laisse cassée. Ensuite, on travail le calme, le contrôle aux jeux via quelques exercices simples à faire à la maison puis en extérieur.
Quelques exercices pour mieux contrôler le jeu :
- Jeux on/off : jouer à tirer un tug en faisant monter l’excitation du chien assez haut. D’un coup, dire « c’est fini » ou « stop », et se redresser, ne plus bouger, ne plus regarder le chien et garder le jouet en main. Attendre que le chien s’arrête de tirer le jouet de lui-même. Dès qu’il lâche le jouet, valider d’un « oui » et reprendre immédiatement le jeu.
- Apprendre le lâche : jouer à tirer le tug avec son chien, puis coller une friandise à sa truffe tout en disant « lâche » par anticipation. Dès qu’il lâche, lui donner la friandise et tenir le jouet hors de portée. Reprendre le jeu via une indication (« prends ! » ou « choppe ! ») Répéter plusieurs fois afin que le chien associe le mot et l’action.
Pour connaître d’autres exercices ou vous faire accompagner dans l’éducation de votre chien, qu’il soit toqué ou non, n’hésitez pas à faire appel à mes services d’éducation et comportement canin ! Voir mes tarifs.
